La lutte contre les maladies transmises par les moustiques ne se joue pas uniquement dans les laboratoires. Elle se joue d'abord dans les têtes, celles des chercheurs capables d'imaginer ces outils, de les tester, puis de les faire évoluer. C'est tout l'enjeu du renforcement des capacités dans le domaine de l’innovation.
Longtemps, les innovations en contrôle vectoriel et notamment les techniques de modification génétique des moustiques se sont développées loin des régions les plus exposées au paludisme, à la dengue ou au chikungunya, etc..

ACEME : un centre pensé par et pour l'Afrique
C'est le pari audacieux que fait l'African Center for Excellence in Molecular Engineering (ACEME) en français, centre africain d'excellence en génie génétique, aujourd'hui en cours d'implantation au sein du Malaria Research and Training Center (MRTC), à l'Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB). Le centre réunit une équipe pluridisciplinaire de chercheurs maliens entomologistes, bio-informaticiens, épidémiologistes, écologues, spécialistes de la réglementation, de l'engagement communautaire et de la communication.
L'objectif du centre est de placer les scientifiques africains au cœur de la lutte contre les maladies vectorielles qui touchent durement le continent. Concrètement, cela veut dire leur donner les moyens d'acquérir et d'affiner des compétences pointues en génie génétique, jusqu'à la modification génétique des moustiques.
Cette ambition ne peut se concrétiser sans des infrastructures à la hauteur. Le laboratoire installé à l'USTTB de Bamako répond aux normes de confinement de niveau 2 pour les arthropodes (Arthropod Containment Level 2, ACL2) , une certification exigeante, gage de conformité avec les standards internationaux pour les travaux sur les organismes génétiquement modifiés. Il sert aussi de terrain d'apprentissage pour la nouvelle génération de chercheurs africains.
Grâce aux partenariats stratégiques établis avec l'Université de Keele et la Liverpool School of Tropical Medicine (LSTM), au Royaume-Uni, l'équipe a pu approfondir son expertise en biologie des vecteurs et en génétique moléculaire une base solide pour, à terme, développer sa propre offre de formation africaine. Cette collaboration Nord-Sud n'est pas anodine : elle trace la voie vers une véritable autonomie scientifique.
Un pari sur l'avenir
Former des chercheurs à la modification génétique des moustiques, c'est bâtir une capacité de réponse durable face à des menaces sanitaires qui, elles, ne cessent d'évoluer. Chaque scientifique formé, chaque laboratoire mis aux normes, chaque partenariat conclu vient renforcer un écosystème de recherche plus résilient capable, demain, de concevoir et de faire adopter localement les outils qui manquent encore.
À l'occasion de la Journée mondiale du moustique, le 20 août 2026, ces initiatives rappellent une évidence : la meilleure arme contre les moustiques vecteurs de maladies n'est pas seulement technologique. Elle est humaine.

